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Droit au but 2026 | La vie après le labo

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La vie après le labo

À Chicoutimi, le personnel de recherche détenant un contrat de longue durée a maintenant droit à une allocation de retraite. Une première dans le réseau de l’Université du Québec! Voici comment cette mesure d’équité a vu le jour.

Une femme aux cheveux blancs écrit dans un cahier, assise à la table de son bureau lumineux.

Imaginez cette situation : depuis 30 ans, vous travaillez en recherche à votre université. Votre carrière touche maintenant à sa fin. Vous voyez vos collègues de l’administration ou de la pédagogie quitter le campus avec une allocation de retraite qui équivaut à une année de salaire, avec parfois aussi peu que 10 ans d’ancienneté. Et vous, que recevez-vous en reconnaissance de toute votre vie active? Réponse : —.

Si cet écart de traitement vous choque, sachez qu’il est répandu au Québec. Il creuse un trou de 100 000 $, grosso modo, dans le fonds de pension des salariés et salariées de la science. Une flagrante injustice… qui n’a plus cours à Saguenay! En effet, le Syndicat des professionnelles et professionnels de l’Université du Québec à Chicoutimi (SPP-UQAC) a réussi à la corriger dans sa dernière convention collective, signée en janvier 2025. Désormais, chaque membre de l’association pourra toucher une indemnité de fin de carrière, peu importe son domaine. Une mesure inédite dans notre fédération, exception faite de l’Université de Sherbrooke.

« Pour les personnes employées à long terme en recherche, l’allocation de retraite fait une énorme différence », explique Manon Bouchard, ex-présidente du syndicat. À l’UQAC, les scientifiques ont obtenu en 2009 leur accréditation comme membres du groupe professionnel. C’est seulement à ce moment que ces gens ont pu commencer à cotiser au régime de retraite offert par leur établissement. « L’année de salaire supplémentaire leur assure un budget beaucoup plus confortable à leur départ. »

Étendre l’allocation de retraite : les arguments syndicaux

Au départ, l’UQAC se préoccupait du fardeau financier que représentait la demande syndicale. Le comité de négociation a su démontrer que la mesure d’équité n’engendrerait pas de coûts déraisonnables. Le milieu scientifique souffre en effet d’une forte instabilité en raison de sa dépendance aux subventions; sans sécurité d’emploi, ses employés et employées finissent souvent par quitter l’université en cours de route.

Néanmoins, l’allocation de retraite représente un puissant geste de reconnaissance envers les pros de la recherche. Pourrait-elle favoriser leur rétention dans ce secteur ultra compétitif? « Je ne crois pas qu’un jeune se soucie de ses conditions de fin de carrière, répond Manon Bouchard avec honnêteté. Mais une personne dans la quarantaine qui se fait offrir un poste ailleurs pourrait mettre cet avantage dans la balance. »

La lente progression vers l’équité du personnel scientifique

Le SPP-UQAC cherche depuis des années à stabiliser les conditions d’emploi en science par des gains progressifs. Dans la précédente convention collective, le comité de négociation avait réussi à faire implanter la catégorie de « personnel sous octroi de longue durée », qui conférait quelques avantages supplémentaires aux gens comptant plus de cinq ans de service en recherche. Cette notion, unique en son genre, a fourni un tremplin pour négocier l’allocation de retraite.

« L’écart entre les conditions de travail du personnel permanent et celles de la recherche est de plus en plus mince », s’encourage Manon Bouchard. Le but ultime : offrir les mêmes conditions d’exercice à l’ensemble des professionnels et professionnelles. Pourrait-on un jour voir l’université sécuriser une partie des emplois en science? « Ce serait un gain spectaculaire pour les gens qui œuvrent au progrès du savoir. » En attendant, le SPP-UQAC savoure sa victoire de l’année.

Six personnes posent en souriant dans le décor blanc d'une salle de musée.
Le comité exécutif de la FPPU élu au congrès de 2023. En robe bleue : Manon Bouchard, secrétaire du CE. Elle pose avec Pascal Morin, Marie-France Noël, Claude Fortin, Patrick Pollefeys et Emma-Émilie Gélinas. / source FPPU

Le plus beau cadeau pour une jeune retraitée

Manon Bouchard avoue avoir essuyé une larme de joie à la résolution de cet enjeu. De toutes les causes qu’elle a défendues au cours de sa présidence, de 2011 à 2025, aucune ne l’a touchée d’aussi près. La professionnelle de recherche aura en effet été la première personne à percevoir l’allocation lorsqu’elle a pris sa propre retraite, à la fin de novembre. Un avantage social qui tombait à point pour la remercier de la quinzaine d’années qu’elle a consacrées au bien-être de sa communauté.

« J’ai hésité à soulever l’affaire, car j’étais la première concernée, lance-t-elle. Mais le sentiment d’injustice ne me quittait pas. » Elle s’est alors confiée à Claude Fortin. La présidente de la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche (FPPU) lui a fait prendre conscience que cette pratique inégalitaire dépassait son cas personnel et que la passer sous silence pénalisait des membres. Le comité de négociation a donc choisi de défendre la cause.

« L’UQAC a été la dernière dans le réseau de l’Université du Québec à syndiquer durablement le personnel professionnel de recherche; elle est maintenant la première à offrir l’allocation de retraite. La situation s’est inversée », remarque avec plaisir Manon Bouchard. Une avancée qu’on doit à une équipe persévérante — et à une ex-présidente au grand cœur.